Napoléon et la Révolution française
Une réflexion large, nourrie par l’histoire politique, institutionnelle, militaire, artistique et mémorielle, destinée à inspirer les délégations et la revue.
Il est proposé pour l’année 2026 de traiter au sein de nos délégations ainsi que de notre revue le thème de Napoléon et la Révolution française.
Le thème se veut relativement élargi afin de susciter des sujets de conférence non seulement généraux mais aussi suffisamment précis pour que la problématique traitée conduise peu ou prou à proposer des réponses aux questions posées.
À côté du thème général, la priorité pourra être donnée à une thématique locale à travers des événements qui se sont produits dans le cadre géographique de la délégation : Bonaparte et le soulèvement vendéen dans l’Ouest, la carrière de Davout dans les armées de l’an II, le plébiscite de l’an VIII en Aquitaine, la famille Bonaparte à Marseille en Provence-Alpes-Côte d’Azur, ou encore Napoléon Bonaparte à Ajaccio en 1789.
Exposé général
Napoléon et la Révolution forment un couple réuni par l’histoire. Le lien symbolique est éclatant. Dès la mi-juillet 1789, après la prise de la Bastille, les pouvoirs révolutionnaires de Paris et de Versailles inventent le drapeau tricolore. Il restera le drapeau de la France jusqu’en 1814, c’est-à-dire jusqu’à l’avènement de Louis XVIII, le monarque restauré, qui condamne de façon identique la Révolution et l’Empire napoléonien. En reprenant les trois couleurs, la Révolution de Juillet 1830, à l’inverse, rendra l’honneur et le pouvoir aux anciens napoléoniens comme aux anciens jacobins, familles encore souvent indistinctes.
Le lien symbolique – un même drapeau – ne fait que traduire un lien historique autrement dramatique et concret : de 1792 à 1814, puis 1815 avec Waterloo, on peut dire que la Révolution et l’Empire ont été combattus par un même ennemi, l’Europe des rois. En plus de vingt ans de guerres presque ininterrompues, le duel politique entre Révolution et Contre-Révolution a coïncidé exactement avec le duel militaire entre la France et le reste de l’Europe.
C’est cette grande évidence qui fait de Napoléon, dans la mémoire commune, le continuateur de la Révolution, donc son héritier et son défenseur.
La thèse contraire se fonde sur un autre constat, issu de l’examen plus précis d’une série de faits moins éclatants. Héritière directe des grandes années révolutionnaires de 1789 et 1792, la République enfin constituée en l’An III, le Directoire, a été abolie violemment par le coup d’État du 18 brumaire An VIII. Selon cette lecture, après quatre années d’un régime bâtard et transitoire, le pouvoir personnel de Napoléon Bonaparte se transforme en une nouvelle monarchie héréditaire, l’Empire. Entre République et Empire, c’est alors la discontinuité qui semble évidente.
Sous la République, des pouvoirs constitutionnels divers, compétitifs, issus d’élections ; sous l’Empire, un État fort, concentré et autoritaire. Au temps de la République, l’Église catholique est combattue ; sous l’Empire, dès le Consulat, l’État fait sa paix avec elle et tente de coopérer par le Concordat. Au temps de la République, les émigrés sont traités en ennemis ; sous l’Empire, ils peuvent revenir et même reprendre discrètement les pouvoirs locaux. Au temps de la République, on vivait symboliquement dans le temps nouveau du calendrier révolutionnaire ; sous l’Empire, on revient à partir du 1er janvier 1806 au calendrier commun de la chrétienté.
Autorité, religion, ordre social, tradition culturelle ainsi rétablis : voilà, à coup sûr, le contraire spectaculaire de l’avant-Brumaire. Le nouveau régime a beaucoup bâti ou renforcé d’institutions utiles, disent encore ses nombreux partisans contemporains ; il a fait aussi beaucoup de répression et de police brutale, répondent les autres.
Ces bilans contrastés, tels qu’on les entend formuler aujourd’hui encore, sont très liés aux options idéologiques et sentimentales des interlocuteurs. Aussi ne saurait-on ici prétendre à les arbitrer. On se contentera seulement d’ajouter l’énoncé de quelques autres problèmes plus généraux que pose le rapprochement de la Révolution et de Napoléon.
Le premier est celui de la nécessité du 18 brumaire. La France était-elle en danger d’être vaincue militairement en l’an VIII ? Et, au cas où elle l’aurait été, et où elle aurait alors perdu quelques conquêtes – qu’elle perdra d’ailleurs en 1814 –, y avait-il quelque probabilité que Louis XVIII ramené à Paris rétablisse l’Ancien Régime ? En d’autres termes, était-il nécessaire que Napoléon règne quinze ans et renforce l’État par quelques réformes pour que l’acquis de la Révolution devienne irréversible comme il s’est révélé tel en 1814 ?
Le deuxième problème concerne les intentions de Napoléon et, au-delà, sa culture philosophique profonde. Qu’a-t-il retenu de la Révolution ? Quel est l’apport de la Révolution dont il était l’héritier, le défenseur et le « fils » ? Et, au fond, qu’était-ce que « la Révolution » ?
On peut penser, comme Georges Lefebvre l’a suggéré, que Napoléon relevait du « despotisme éclairé » : assez rationaliste pour accepter et promouvoir tout ce qui tendait à la modernisation de l’État en abolissant le bric-à-brac féodal, sans adhérer en profondeur à l’idéal humaniste qui fait de la Liberté et de l’Égalité des valeurs suprêmes. Assez naturellement conservateur pour faire une monarchie, assez progressiste pour la rendre efficace.
D’autres, allant plus loin en faveur de l’Empereur, pensent qu’il a vraiment été un homme des Lumières et que, s’il a bâti sa monarchie telle qu’il l’a faite, c’est parce qu’il était réellement convaincu qu’il ne fallait pas moins que ce genre de force-là pour tenir face à son seul ennemi : l’Ancien Régime.
Six thèmes de réflexion
Pour orienter les projets de conférence, six thèmes de réflexion sont proposés, de façon non exhaustive, autour de la Révolution française et de Napoléon.
Les idées de la Révolution
Que pensait Napoléon de la Révolution ?
Bonaparte accueille favorablement la Révolution. Il sent qu’elle va ouvrir la société française, abolir les privilèges et les hiérarchies. Avoir vingt ans en 1789 est un événement fondateur, et le destin de Napoléon devient alors inséparable de celui du pays.
Ce thème invite à étudier, à travers son œuvre littéraire, ses écrits et sa correspondance, les idées politiques de Napoléon : sanctuariser 1789 pour liquider 1793, et analyser notamment son attitude à l’égard du jacobinisme.
Le déroulement de la Révolution
Comment Napoléon participe-t-il à la Révolution ?
De 1789 en Corse jusqu’aux journées de Brumaire an VIII, il sera intéressant de reprendre le parcours de l’homme en examinant les conditions dans lesquelles le jeune officier apporte son concours à la défense des institutions nouvelles, puis les circonstances où il s’oppose à la politique, aux idées et aux hommes de la Révolution.
La question de la sauvegarde de 1789 par la liquidation de 1793 pourra être posée : le Directoire ne présage-t-il pas d’un effondrement des acquis révolutionnaires ? L’entrée en scène de Napoléon en 1798-1799 ne permet-elle pas de sauver ce qui peut l’être ?
L’œuvre de la Révolution
Napoléon est-il un continuateur de la Révolution, celui qui l’achève, ou un simple météore ?
Ce thème conduit à revisiter la politique intérieure de Napoléon en prenant en compte le bilan législatif et réglementaire de la Révolution. A-t-il délesté simultanément la France des archaïsmes de l’Ancien Régime et de l’anarchie révolutionnaire ?
La question religieuse y tient une place centrale : Concordat, retour des évêchés, mais aussi interrogation sur la laïcisation des institutions. S’y ajoutent l’étude des libertés, de l’ordre public, du retour des émigrés, de la création d’une nouvelle élite, et celle du paradoxe d’une république de citoyens égaux gouvernée par un empereur.
La Révolution et le monde
Napoléon diffuse-t-il les idées de la Révolution en Europe et au-delà ?
La Révolution française fait émerger une nation de citoyens égaux en droit dans une Europe monarchique. À partir de 1792, la France est en guerre avec le reste de l’Europe, et les victoires françaises puis napoléoniennes assurent progressivement sa domination.
Ce thème permet d’interroger, à travers des exemples comme l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche ou les Pays-Bas, dans quelle mesure les conquêtes napoléoniennes ont diffusé les principes révolutionnaires, et comment Napoléon fut perçu selon les pays comme défenseur, chef des révolutions patriotiques ou héritier ambigu de 1789.
La représentation littéraire et artistique
Napoléon en chef révolutionnaire ou en empereur héréditaire
Des exploits du jeune général révolutionnaire aux représentations fastueuses de l’empereur sacré à Notre-Dame, il s’agira de parcourir les différents modes de représentation de Napoléon au cours de son épopée.
Ce thème invite à étudier les évolutions esthétiques, les glissements de sens et les images parfois contradictoires du personnage : héros de la Révolution, fondateur d’ordre, Louis XIV démocrate ou Robespierre à cheval.
La Révolution et ses mythes
Les prolongements de l’épopée napoléonienne à travers la légende
Avec les Cent-Jours, l’emprisonnement et la mort à Sainte-Hélène, l’image de Napoléon évolue considérablement. Ce thème interroge ce qu’il reste des idées de la Révolution dans la pensée bonapartiste du XIXe siècle.
Il permet aussi d’explorer les ambiguïtés du bonapartisme, entre fidélité, réinterprétation et rupture par rapport à l’héritage révolutionnaire.
Des propositions de conférence pourront être envoyées au siège du Souvenir Napoléonien, qui se chargera ensuite de les diffuser dans les délégations.
Cette thématique annuelle a vocation à nourrir les conférences, les travaux de recherche, les articles de la revue et les initiatives locales, dans un esprit à la fois rigoureux, ouvert et stimulant.